Festival International des Jardins â Domaine de Chaumont-sur-Loire, Ă©dition 2026
Il y a des projets qui déplacent les lignes.
Pas seulement parce quâils sont beaux. Mais parce quâils posent une question que lâon nâavait pas encore formulĂ©e clairement.
Rouge Baiser, le jardin imaginĂ© par lâarchitecte paysagiste MĂ©lanie TANT pour le Festival International des Jardins, est de ceux-lĂ .

Un jardin qui se visite comme un film
Le thĂšme de cette Ă©dition 2026 â « Le jardin fait son cinĂ©ma » â aurait pu rester anecdotique. Une invitation Ă jouer avec les codes, Ă habiller la vĂ©gĂ©tation de rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques.
Mélanie Tant en a fait autre chose.
Dans Rouge Baiser, le visiteur ne regarde pas un jardin. Il le traverse comme une séquence de plans soigneusement composés.

Trois scÚnes distinctes se succÚdent, chacune avec son atmosphÚre, ses couleurs, son émotion propre.
« Des tonalitĂ©s argentĂ©es ponctuĂ©es de pourpre nimbent de nostalgie un quai de gare oubliĂ© », Ă©voquant les retrouvailles bouleversantes dâUn homme et une femme. Plus loin, « derriĂšre un voile de pluie enchanteur au cĆur dâune vĂ©gĂ©tation arc-en-ciel », se devinerait presque Gene Kellydans Singin’ in the Rain. Enfin, « une fresque flamboyante aux teintes miel, cuivre et ocre » convoque la proue de Titanic et son amour libre et grandiose.
Chaque scĂšne est pensĂ©e pour apparaĂźtre progressivement. Le regard est guidĂ©. Les Ă©motions sâenchaĂźnent. Le jardin devient narration.

La contrainte comme point de départ de la création
Pour que ce voyage fonctionne, encore fallait-il que chaque scĂšne existe vraiment comme un espace distinct. MĂ©lanie Tant cherchait des Ă©lĂ©ments architecturaux contemporains capables de structurer son jardin en plusieurs parties â Ă la maniĂšre de dĂ©cors de cinĂ©ma.
Câest dans cette recherche quâelle sâest tournĂ©e vers So Garden.
Mais une contrainte majeure sâest rapidement imposĂ©e : le sol du festival ne permettait aucune fondation en bĂ©ton.
Les murs devaient donc ĂȘtre suffisamment lĂ©gers pour sâaffranchir de cette exigence structurelle â tout en restant stables, durables et irrĂ©prochables visuellement.

Une solution sur mesure, née du dialogue entre artisan et concepteur
PlutĂŽt que de proposer une solution standard, l’atelier So Garden a dĂ©veloppĂ© un systĂšme de fixation spĂ©cifique au projet : une semelle mĂ©tallique conçue sur mesure, permettant d’ancrer les murs au sol par emboĂźtement, sans recourir Ă la moindre Ă©querre apparente.
Le rĂ©sultat : une fixation totalement invisible. Aucun Ă©lĂ©ment mĂ©tallique ne vient perturber la lecture visuelle du jardin. Les murs semblent simplement posĂ©s â comme si la structure architecturale Ă©tait elle-mĂȘme une Ă©vidence.
Ce dĂ©tail â que le visiteur ne remarquera jamais â illustre mieux que n’importe quel argumentaire ce que signifie travailler avec un atelier artisanal haut de gamme. La contrainte technique n’a pas bridĂ© la crĂ©ation. Elle l’a affinĂ©e.
Les murs ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s en fibre de verre polyester travaillĂ©e Ă la main â technique encore rare dans l’univers du paysage. Ce matĂ©riau offre aux concepteurs une combinaison difficile Ă trouver ailleurs : lĂ©gĂšretĂ©, rĂ©sistance aux intempĂ©ries, libertĂ© de formes, grande diversitĂ© de finitions (effet pierre, aspect corten, mĂ©tallisĂ©, teintes RAL).Ce que cela dit de lâĂ©volution du mĂ©tier
Ce que cela dit de l’Ă©volution du mĂ©tier
Rouge Baiser illustre une tendance de fond que beaucoup de concepteurs ressentent sans toujours pouvoir la nommer.
Le jardin contemporain emprunte de plus en plus aux codes de l’architecture, du design d’expĂ©rience et de la scĂ©nographie. Les maĂźtres d’ouvrage attendent dĂ©sormais des espaces extĂ©rieurs qu’ils racontent quelque chose â qu’ils crĂ©ent un souvenir, une Ă©motion durable.
Cela implique pour les architectes paysagistes de composer avec une palette élargie : des matériaux non-végétaux capables de tenir dans le temps, des partenaires artisanaux en mesure de répondre à des briefs complexes, et surtout des interlocuteurs capables de résoudre des problÚmes plutÎt que de simplement livrer des produits.
Les frontiĂšres entre paysage, design, architecture et art immersif deviennent de plus en plus poreuses. Et c’est prĂ©cisĂ©ment sur cette frontiĂšre que So Garden construit son positionnement â non pas comme fournisseur, mais comme partenaire crĂ©atif capable de transformer une contrainte en solution Ă©lĂ©gante.
Une Ćuvre collective, comme toujours
Rouge Baiser rappelle ce que les grandes rĂ©alisations paysagĂšres ont en commun : elles sont toujours le fruit d’une aventure collective.
DerriĂšre la vision de MĂ©lanie Tant : AlbĂ©ric Ibled (So Garden), JĂ©rĂ©my Gougeon (Effivert), Yoann Bouvier (Arbora), Guillaume Delapierre (PĂ©piniĂšres du Val d’Erdre), Thierry Gourio (Archimadefolies, structure parapluie), et Jacques Chevalier (fontainerie).
Autant de mĂ©tiers qui, ensemble, ont transformĂ© une Ă©motion en espace habitable. C’est peut-ĂȘtre ça, le paysage contemporain dans ce qu’il a de plus exigeant et de plus stimulant : faire entrer quelqu’un dans son propre film intĂ©rieur.
Envie de vivre l’expĂ©rience ?
Rouge Baiser et les quelque 30 jardins Ă©phĂ©mĂšres de cette Ă©dition 2026 sont visibles jusqu’au 1á”Êł novembre 2026 au Domaine de Chaumont-sur-Loire.
Le Domaine, c’est un Ă©crin d’exception : 32 hectares dominant la Loire, un chĂąteau du XVÍ€-XIXÍ€ siĂšcle chargĂ© d’histoire â ancienne demeure de Catherine de MĂ©dicis, puis de Diane de Poitiers â, un parc paysager Ă l’anglaise dessinĂ© par Henri DuchĂȘne, et depuis 1992, l’un des laboratoires de crĂ©ation contemporaine les plus reconnus au monde dans le domaine du jardin et du paysage. PerchĂ© Ă 40 mĂštres au-dessus de la Loire sauvage, classĂ©e au patrimoine mondial de l’UNESCO, Ă moins de deux heures de Paris, c’est un lieu qui mĂ©rite largement le dĂ©tour.
PrĂ©voyez une journĂ©e complĂšte pour explorer le festival, les arts contemporains et le chĂąteau. đ domaine-chaumont.fr
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